Ulcères urinaires liés à une infection fongique
Une infection fongique des voies urinaires (IFVU) est une affection rare mais potentiellement grave, surtout chez les patients immunodéprimés, les sujets diabétiques mal équilibrés, les personnes ayant récemment reçu des antibiotiques à large spectre ou des traitements antifongiques, ainsi que chez les patients porteurs de sondes vésicales ou ayant subi des interventions urologiques récentes. Le germe le plus fréquemment impliqué est Candida albicans, bien que d’autres espèces de Candida (C. glabrata, C. tropicalis, C. krusei) ou des champignons non candidiens (comme Aspergillus spp. ou Trichosporon) puissent également être responsables dans des contextes particuliers.
L’ulcération urinaire secondaire à une infection fongique est un signe évocateur d’une infection invasive ou chronique, souvent associée à une colonisation persistante, une obstruction urinaire, une lithiase fongique (« fungus ball ») ou une atteinte tissulaire profonde. Cliniquement, elle peut se manifester par une hématurie macroscopique ou microscopique, une dysurie, une pollakiurie, des douleurs lombaires ou suprapubienne, voire une fièvre dans les formes disséminées. L’endoscopie urinaire révèle typiquement des lésions ulcérées, infiltrées, parfois recouvertes d’un exsudat blanchâtre ou nécrotique, pouvant être confondues avec une tumeur urothéliale ou une tuberculose urinaire si le diagnostic n’est pas évoqué.
Le diagnostic repose sur l’analyse cytobactériologique des urines (ECBU) avec culture spécifique en milieu mycologique, la recherche de chlamydospores ou d’hyphes au microscope après coloration au bleu de toluidine ou à l’hydroxyde de potassium (KOH), et, si nécessaire, une biopsie de la lésion ulcérée avec examen histologique (coloration PAS ou Grocott) et culture tissulaire. Une imagerie (échographie, tomodensitométrie ou IRM) est indispensable pour évaluer l’étendue de la lésion, rechercher une obstruction, une abcès rénal ou une extension parenchymateuse.
Le traitement dépend de la gravité, du statut immunitaire du patient et de la sensibilité fongique. En première intention, la fluconazole reste efficace contre la plupart des souches de Candida albicans, mais les espèces résistantes (notamment C. glabrata ou C. krusei) nécessitent des antifongiques élargis comme l’échinocandine (caspofungine, micafungine) ou l’amphotéricine B liposomale. Dans les cas d’ulcération sévère ou d’infection invasive, un traitement systémique prolongé (4 à 6 semaines minimum) est requis, souvent associé à la suppression de tout dispositif intravésical (sonde, stent) et à la correction des facteurs favorisants (contrôle glycémique, rétablissement de l’immunité, drainage urinaire). Un suivi rigoureux par ECBU répétés et cystoscopie de contrôle est essentiel pour évaluer la réponse thérapeutique et dépister toute récidive.