Pourquoi entend-on un bourdonnement à l’oreille lorsqu’il y a du bruit ?
Lorsque vous entendez un bourdonnement ou un sifflement dans l’oreille en présence d’un son externe — par exemple en parlant, en mastiquant, en respirant ou même en marchant — ce phénomène est souvent
Lorsque vous entendez un bourdonnement ou un sifflement dans l’oreille en présence d’un son externe — par exemple en parlant, en mastiquant, en respirant ou même en marchant — ce phénomène est souvent lié à une transmission anormale des vibrations sonores vers l’oreille interne. Contrairement aux acouphènes classiques, qui sont perçus en l’absence de stimulus auditif externe, ce type de bruit est dit « induit » ou « synchronisé » : il apparaît ou s’intensifie précisément au moment où le corps génère des mouvements ou des sons internes.
Ce symptôme peut résulter de plusieurs causes anatomiques ou fonctionnelles. L’une des étiologies les plus fréquentes est la déhiscence du conduit auditif supérieur (SCD), une anomalie congénitale ou acquise caractérisée par une absence partielle de l’os recouvrant le canal semi-circulaire supérieur. Cette déhiscence permet aux pressions intracrâniennes et aux vibrations mécaniques liées à la respiration, à la déglutition ou aux contractions musculaires du cou ou de la mâchoire de se transmettre directement à l’oreille interne, provoquant des perceptions sonores subjectives telles qu’un grondement, un souffle ou un bourdonnement synchronisé.
Une autre cause possible est le syndrome de la fenêtre ovale ou ronde hypermobile, où les membranes séparant l’oreille moyenne de l’oreille interne présentent une mobilité excessive, amplifiant la transmission des bruits corporels. Des anomalies de la trompe d’Eustache — notamment une ouverture persistante (patulous Eustachian tube) — peuvent également favoriser la perception directe des sons de la respiration ou de la voix. Enfin, des troubles neuromusculaires impliquant les muscles du voile du palais (comme le muscle tenseur du voile du palais) ou du stapedius peuvent générer des cliquetis ou des pulsations synchronisés avec les mouvements volontaires ou involontaires.
Le diagnostic repose sur une évaluation otoneurologique complète, incluant l’audiométrie tonale et vocale, les potentiels évoqués auditifs, l’impédancemétrie, ainsi que l’imagerie par résonance magnétique (IRM) ou la tomodensitométrie (TDM) de la base du crâne pour détecter une déhiscence osseuse. Une manœuvre clinique spécifique, la manœuvre de Tullio, peut être réalisée pour objectiver une hypersensibilité vestibulaire aux sons intenses.
La prise en charge dépend de la cause identifiée : elle peut inclure une surveillance clinique régulière, une rééducation vestibulaire, des modifications comportementales (comme l’évitement des manœuvres de Valsalva), ou, dans les cas sévères et invalidants liés à une déhiscence confirmée, une intervention chirurgicale de réparation via voie transcrânienne ou endauriculaire. Une approche multidisciplinaire — associant ORL, neurologue, audiologiste et kinésithérapeute spécialisé — est essentielle pour une évaluation et une prise en charge optimales.