Pourquoi les gencives deviennent-elles noires ?
La coloration noire ou grisâtre de la gencive, également appelée mélanose gingivale, est un phénomène clinique relativement fréquent qui peut avoir plusieurs origines. Il ne s’agit pas d’une pathologi
La coloration noire ou grisâtre de la gencive, également appelée mélanose gingivale, est un phénomène clinique relativement fréquent qui peut avoir plusieurs origines. Il ne s’agit pas d’une pathologie en soi, mais plutôt d’un signe clinique nécessitant une évaluation rigoureuse pour en déterminer la cause sous-jacente.
Cette pigmentation peut être physiologique, notamment chez les personnes à peau foncée, où elle résulte d’une mélanogenèse accrue liée à une surproduction de mélanocytes dans le tissu gingival. Dans ce cas, la coloration est symétrique, stable dans le temps et sans autre symptôme associé — elle n’exige ni traitement ni suivi particulier.
Toutefois, une apparition récente, asymétrique ou progressive de cette pigmentation doit alerter le praticien. Parmi les causes pathologiques, on distingue notamment l’usage chronique de certains médicaments (comme les antipaludéens — chloroquine, hydroxychloroquine — ou certains antipsychotiques), l’exposition professionnelle à des métaux lourds (notamment le bismuth ou l’amalgame dentaire contenant du mercure), ou encore des affections systémiques comme la maladie d’Addison, caractérisée par une hyperpigmentation cutanéo-muqueuse diffuse secondaire à une surstimulation de l’hormone adrénocorticotrope (ACTH).
Il convient également d’évoquer des lésions précoces de mélanome muqueux, bien que rares, dont le pronostic reste sévère en raison d’un risque élevé de métastases précoces. Tout changement localisé — augmentation de volume, saignement spontané, ulcération ou modification de la texture gingivale — doit conduire à une biopsie histologique sans délai.
L’examen clinique complet, incluant l’anamnèse médicamenteuse, professionnelle et familiale, ainsi qu’une inspection minutieuse de la cavité buccale, constitue la première étape essentielle. En cas de doute diagnostique, l’imagerie par résonance magnétique (IRM) ou la dermatoscopie gingivale peuvent compléter l’évaluation. Le traitement dépend entièrement de la cause identifiée : arrêt du médicament responsable, prise en charge endocrinienne spécifique, ou intervention chirurgicale oncologique si un mélanome est confirmé.