La réglisse est-elle nocive pour les reins ?
La réglisse, ou racine de réglisse (Glycyrrhiza glabra), est une plante médicinale utilisée depuis des siècles en phytothérapie, notamment pour ses propriétés anti-inflammatoires, mucoprotectrices et
La réglisse, ou racine de réglisse (Glycyrrhiza glabra), est une plante médicinale utilisée depuis des siècles en phytothérapie, notamment pour ses propriétés anti-inflammatoires, mucoprotectrices et expectorantes. Toutefois, son principal composé actif — la glycyrrhizine — peut induire des effets secondaires systémiques lors d’une consommation excessive ou prolongée, notamment sur l’équilibre électrolytique et la fonction rénale.
Chez les sujets sains, une consommation modérée de réglisse (infusions, sirops ou bonbons contenant moins de 10 mg de glycyrrhizine par jour) ne présente généralement pas de risque rénal direct. En revanche, une ingestion chronique ou massive — supérieure à 100 mg/jour pendant plusieurs semaines — peut provoquer un syndrome de pseudo-hyperaldostéronisme : la glycyrrhizine inhibe l’enzyme 11β-hydroxystéroïde déshydrogénase de type 2, ce qui entraîne une accumulation de cortisol dans les reins. Ce dernier agit alors comme un minéralocorticoïde, stimulant la réabsorption rénale de sodium et d’eau, tout en favorisant l’excrétion urinaire de potassium.
Ces perturbations électrolytiques — hypokaliémie, rétention hydrosodée, hypertension artérielle — peuvent secondairement altérer la perfusion rénale et, chez les patients à risque (insuffisance rénale préexistante, insuffisance cardiaque, cirrhose ou traitement diurétique), favoriser une détérioration aiguë de la fonction rénale. Des cas isolés de néphropathie fonctionnelle ou de lésions tubulaires réversibles ont été rapportés dans la littérature, principalement chez des personnes âgées ou polymédiquées.
En pratique clinique, il est recommandé d’éviter la réglisse chez les patients souffrant d’hypertension, d’insuffisance rénale chronique ou d’hypokaliémie non corrigée. Une surveillance régulière des ions sériques (potassium, sodium), de la créatinine et de la pression artérielle est indispensable en cas d’usage thérapeutique prolongé. Les formulations déglycyrrhizinées (DGL) sont une alternative sûre lorsqu’un effet gastroprotecteur est recherché sans risque systémique.