Pourquoi les yeux sont-ils secs après une opération de la cataracte ?
Après une intervention chirurgicale de la cataracte, il n’est pas rare que les patients rapportent une sensation de sécheresse oculaire. Ce symptôme, bien que souvent temporaire, peut survenir chez ju
Après une intervention chirurgicale de la cataracte, il n’est pas rare que les patients rapportent une sensation de sécheresse oculaire. Ce symptôme, bien que souvent temporaire, peut survenir chez jusqu’à 40 % des personnes opérées et s’explique par plusieurs mécanismes physiopathologiques interconnectés.
L’intervention elle-même — généralement une phacoémulsification avec implantation d’une lentille intraoculaire — implique des incisions cornéennes fines, une manipulation mécanique de la surface oculaire et une exposition prolongée aux lumières intenses du microscope opératoire. Ces facteurs perturbent temporairement l’intégrité de la couche lipidique du film lacrymal et altèrent la fonction des glandes de Meibomius, responsables de la sécrétion des lipides essentiels à la stabilité du film lacrymal.
Par ailleurs, la chirurgie induit une inflammation locale modérée, accompagnée d’une diminution transitoire de la densité des cellules nerveuses cornéennes (névrocytes). Cette neurodéplétion réduit la sensibilité cornéenne, ce qui affaiblit le réflexe lacrymal et contribue à une production insuffisante de larmes aqueuses. Des études en topographie cornéenne confirment régulièrement une baisse de la densité des nerfs sous-épithéliaux dans les semaines suivant l’opération.
La prise concomitante de collyres corticoïdes ou anti-inflammatoires non stéroïdiens, prescrite pour contrôler l’inflammation postopératoire, peut également aggraver la sécheresse en inhibant la sécrétion lacrymale et en modifiant la composition du film lacrymal.
Dans la majorité des cas, ces troubles sont bénins et réversibles : ils s’atténuent progressivement sur deux à huit semaines. Toutefois, un suivi rigoureux est indispensable. En cas de sécheresse persistante au-delà de deux mois, d’irritation intense, de photophobie ou d’altération de la vision, une consultation spécialisée est recommandée afin d’éliminer des causes secondaires telles qu’une kératite ponctuée superficielle, une dysfonction des glandes de Meibomius chronique ou une conjonctivite allergique postopératoire.
La prise en charge repose principalement sur des larmes artificielles sans conservateurs, adaptées à la gravité des symptômes, associées si nécessaire à des traitements locaux ciblant la dysfonction meibomienne (ex. : compresses chaudes, massages palpébraux, ou thérapies thermiques). Une hydratation adéquate, l’évitement des environnements climatisés ou enfumés, ainsi qu’un clignement conscient fréquent constituent des mesures hygiéno-diététiques fondamentales.