Un risque sous-estimé : l’infection par le VPH chez les hommes et une nouvelle approche intégrée de prévention et de prise en charge pour les deux sexes
Le papillomavirus humain (HPV) est souvent perçu comme une infection principalement féminine, en raison de son lien bien établi avec le cancer du col de l’utérus. Pourtant, cette vision réductrice occ
Le papillomavirus humain (HPV) est souvent perçu comme une infection principalement féminine, en raison de son lien bien établi avec le cancer du col de l’utérus. Pourtant, cette vision réductrice occulte un risque sanitaire majeur chez les hommes : l’infection à HPV n’est ni rare ni bénigne chez la population masculine, et elle constitue un facteur étiologique reconnu de plusieurs cancers — notamment ceux de l’oropharynx, du pénis, de l’anus et du rectum.
Contrairement aux femmes, les hommes ne bénéficient pas de dépistage systématique permettant de détecter précocement les lésions précoces liées à HPV. L’absence de test de dépistage validé, combinée à une symptomatologie souvent discrète ou absente, conduit fréquemment à un diagnostic tardif, réduisant les chances de guérison et augmentant la morbidité associée. Par ailleurs, les hommes constituent un réservoir viral essentiel dans la chaîne de transmission : jusqu’à 80 % des adultes sexuellement actifs seront infectés par au moins un type d’HPV au cours de leur vie, et la plupart des infections restent asymptomatiques mais transmissibles.
Cette réalité impose une refonte des stratégies de prévention. La vaccination contre l’HPV, longtemps ciblée presque exclusivement sur les adolescentes, doit désormais être considérée comme une mesure de santé publique universelle. Les vaccins quadrivalents et nonavalents, approuvés pour les garçons dès l’âge de 9 ans, protègent efficacement contre les types oncogènes les plus fréquents (16, 18, 31, 33, 45, 52, 58) ainsi que contre les types responsables des verrues génitales (6 et 11). Des données récentes montrent que la vaccination masculine contribue significativement à la réduction de la circulation virale dans la population, renforçant ainsi l’effet de protection collective.
Une approche intégrée — « prévention partagée » — s’impose donc : elle repose sur la vaccination universelle des deux sexes, l’éducation sanitaire adaptée aux jeunes hommes et femmes, le dépistage ciblé chez les personnes à risque accru (ex. : hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, personnes immunodéprimées), et une meilleure sensibilisation des professionnels de santé à la charge tumorale masculine liée à l’HPV. Ignorer le rôle central des hommes dans l’épidémiologie de l’HPV ne compromet pas seulement leur propre santé, mais affaiblit aussi la lutte globale contre ces cancers évitables.