Que faire en cas de névralgie gingivale ?
Lorsqu’un patient se plaint de douleurs localisées au niveau des gencives, il est essentiel de ne pas les attribuer systématiquement à une pathologie parodontale ou dentaire. Une cause moins fréquemme
Lorsqu’un patient se plaint de douleurs localisées au niveau des gencives, il est essentiel de ne pas les attribuer systématiquement à une pathologie parodontale ou dentaire. Une cause moins fréquemment évoquée, mais cliniquement significative, est la névralgie du nerf alvéolaire inférieur — une forme particulière de névralgie trigéminale atypique. Ce nerf, branche du troisième nerf crânien (nerf trijumeau), innerve notamment la mandibule, les dents inférieures, la peau du menton et, dans certains cas, les gencives adjacentes.
La douleur peut être décrite comme vive, lancinante, électrique ou brûlante, souvent déclenchée par des stimuli bénins : mastication, contact léger avec la zone concernée, exposition au froid ou même une simple parole. Elle est généralement unilatérale, limitée à un territoire précis correspondant à la distribution du nerf alvéolaire inférieur, et n’accompagne pas de signes inflammatoires locaux (pas d’œdème, pas d’érythème ni de saignement gingival spontané).
Le diagnostic repose sur l’interrogatoire minutieux, l’examen clinique neurologique et la réalisation d’un bilan d’imagerie cérébrale (IRM encéphale avec séquences spécifiques pour le tronc cérébral et les racines nerveuses) afin d’écarter une compression vasculaire, une tumeur ou une lésion démyélinisante. Une radiographie panoramique ou un scanner dentaire peuvent également être nécessaires pour exclure une pathologie dentaire ou ostéo-articulaire sous-jacente.
Le traitement initial repose sur des anticonvulsivants à visée neuromodulatrice, notamment la carbamazépine ou la gabapentine, dont l’efficacité est bien documentée dans les névralgies du trijumeau. En cas d’échec thérapeutique ou d’intolérance, des options secondaires incluent la lamotrigine, la baclofène ou, dans des situations réfractaires, des procédures interventionnelles telles que la rhizolyse percutanée ou la chirurgie microvasculaire décompressive.
Une prise en charge multidisciplinaire — associant médecin généraliste, neurologue, stomatologiste et, si besoin, chirurgien maxillo-facial — est recommandée pour éviter les diagnostics erronés et les traitements inappropriés, notamment les extractions dentaires injustifiées ou les thérapeutiques anti-inflammatoires inefficaces face à une origine neurologique pure.