Le rhubarbe chinois consommé à long terme est-il cancérigène ?
La question de savoir si la consommation prolongée de rhubarbe chinoise (Rheum palmatum, également appelée « da huang » en médecine traditionnelle chinoise) présente un risque cancérigène fait l’objet
La question de savoir si la consommation prolongée de rhubarbe chinoise (Rheum palmatum, également appelée « da huang » en médecine traditionnelle chinoise) présente un risque cancérigène fait l’objet d’une attention croissante dans la littérature scientifique. Ce laxatif puissant, utilisé depuis des siècles pour ses propriétés purgatives et anti-inflammatoires, contient notamment des anthraquinones — dont l’émodyne et la rhéine — qui agissent sur la motricité colique et inhibent la réabsorption hydrique au niveau du côlon.
Cependant, des études précliniques menées chez l’animal ont mis en évidence un potentiel génotoxique associé à certaines anthraquinones, notamment à forte dose ou sur des périodes prolongées. Des travaux expérimentaux suggèrent que ces composés peuvent induire des lésions de l’ADN et favoriser une prolifération épithéliale anormale dans le côlon, mécanismes pouvant théoriquement contribuer à la carcinogenèse colorectale. Il convient toutefois de souligner que ces données proviennent principalement de modèles murins exposés à des concentrations pharmacologiques bien supérieures aux doses cliniquement utilisées chez l’humain.
À ce jour, aucune étude épidémiologique robuste n’a démontré de lien causal entre l’usage thérapeutique contrôlé de la rhubarbe chinoise et l’apparition de cancers chez l’homme. Les cas rapportés dans la littérature sont isolés, souvent confondus par des associations médicamenteuses complexes, des comorbidités sous-jacentes ou une utilisation non supervisée à très haute dose et sur plusieurs années.
Les autorités sanitaires européennes, notamment l’Agence européenne des médicaments (EMA), recommandent une utilisation limitée dans le temps — généralement inférieure à deux semaines — et déconseillent formellement son emploi chez les patients présentant des antécédents de néoplasie colorectale, une colite ulcéreuse active ou une occlusion intestinale. En pratique clinique, la rhubarbe chinoise doit être prescrite avec prudence, après évaluation individuelle du rapport bénéfice/risque, et uniquement dans un cadre thérapeutique encadré.
En résumé, bien que des signaux biologiques préoccupants aient été identifiés en laboratoire, il n’existe pas de preuve clinique actuelle attestant qu’un usage modéré et surveillé de la rhubarbe chinoise augmente le risque de cancer chez l’être humain. La vigilance reste toutefois justifiée, et toute prescription prolongée exige une surveillance médicale rigoureuse ainsi qu’une réévaluation régulière de la nécessité du traitement.