Une étude américaine récente a mis en lumière un lien bidirectionnel étroit entre les migraines chez l’adulte et les troubles du sommeil : non seulement les crises migraineuses perturbent la qualité et la continuité du sommeil, mais une mauvaise hygiène de sommeil ou une insomnie chronique aggrave également la fréquence, la durée et l’intensité des épisodes migraineux. Ce phénomène concerne même les patients présentant une migraine dite « épisodique légère », définie comme 1 à 3 crises par mois — plus de 40 % d’entre eux rapportent une altération significative de leur qualité de sommeil.
Ce cercle vicieux est désormais bien documenté dans la littérature scientifique. Selon les recommandations actualisées du *Guide thérapeutique pour l’insomnie chronique associée aux principales maladies neurologiques et psychiatriques chez l’adulte (version 2025)*, publié sous l’égide des groupes spécialisés en troubles du sommeil de la Société chinoise de neurologie et de l’Association chinoise des médecins en neurologie, l’insomnie favorise la chronicisation de la migraine, abaisse le seuil de perception de la douleur, diminue la sécrétion de sérotonine et stimule la production de cytokines pro-inflammatoires. À l’inverse, les crises migraineuses activent l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien ainsi que le système nerveux sympathique, entraînant une élévation du cortisol — facteur directement impliqué dans l’apparition ou l’aggravation de l’insomnie.
Dans ce contexte, la thérapie cognitivo-comportementale pour l’insomnie (TCC-I) s’impose comme une approche fondamentale, recommandée dans plusieurs lignes directrices internationales. Le guide 2025 précise qu’elle constitue une stratégie de première intention, notamment pour prévenir la transition vers une migraine chronique. L’un des piliers de cette thérapie, la restriction du temps au lit, impose un temps minimal de coucher fixé à huit heures — une durée non négociable pour préserver l’homéostasie du sommeil et éviter la fragmentation nocturne.
La TCC-I repose sur cinq axes complémentaires : la restriction du temps au lit, le contrôle des stimuli, la restructuration cognitive, l’hygiène du sommeil et les techniques de relaxation. La restriction vise à augmenter l’efficacité du sommeil en limitant initialement le temps passé au lit, puis à l’élargir progressivement afin de renforcer l’association conditionnée « lit = endormissement rapide ». Le contrôle des stimuli exige de ne s’allonger que lorsqu’on ressent une somnolence avérée, de quitter immédiatement la chambre si l’endormissement ne survient pas dans les 20 minutes, et de réserver strictement le lit au sommeil et aux rapports sexuels — excluant toute activité secondaire comme la lecture sur écran, la consommation alimentaire ou le visionnage de contenus audiovisuels. La restructuration cognitive permet d’identifier et de corriger les pensées catastrophistes (ex. : « Si je ne dors pas ce soir, ma journée sera ruinée »), réduisant ainsi l’état d’hypervigilance pré-sommeil. Enfin, l’hygiène du sommeil — horaires réguliers, activité physique modérée, limitation de la caféine et de l’alcool — s’associe à des méthodes de décontraction physiologique telles que la respiration abdominale, la pleine conscience ou la relaxation musculaire progressive.
Parallèlement, certaines approches pharmacologiques combinées montrent une efficacité prometteuse chez les patients souffrant à la fois de migraine et de troubles du sommeil. Une étude clinique publiée en 2020 a évalué l’association entre le lomerizine (un bloqueur calcique de la classe des dibenzpipérazines, doté d’une action sélective sur les vaisseaux cérébraux) et les gouttes orales Shunaixin, une préparation traditionnelle chinoise composée de *Chuanxiong* (*Ligusticum chuanxiong*) et de *Danggui* (*Angelica sinensis*), reconnue pour ses propriétés régulatrices du Qi, activatrices de la circulation sanguine et antalgiques. Cette association a permis une amélioration statistiquement significative de la gravité, de la fréquence et de la durée des crises migraineuses, accompagnée d’une baisse marquée des scores PSQI (Pittsburgh Sleep Quality Index) et VAS (Visual Analog Scale), ainsi qu’une augmentation notable du score SF-36 évaluant la qualité de vie liée à la santé.
Pour une prise en charge personnalisée, les cliniciens recommandent vivement aux patients de tenir un journal symptomatique détaillé : heure et localisation précise de la douleur, durée de la crise, traitements pris, mais aussi paramètres du sommeil — délai d’endormissement, nombre de réveils nocturnes, durée totale de sommeil, sensation de repos au réveil. Ces données objectives permettent d’affiner le diagnostic, d’évaluer la réponse thérapeutique et d’ajuster la stratégie globale — qu’elle soit comportementale, pharmacologique ou intégrative.