Quel goût a les selles ?
La question de l’odeur des selles est rarement abordée en consultation, mais elle intéresse légitimement les patients — notamment lorsqu’elle change de façon inhabituelle. En réalité, l’odeur fécale e
La question de l’odeur des selles est rarement abordée en consultation, mais elle intéresse légitimement les patients — notamment lorsqu’elle change de façon inhabituelle. En réalité, l’odeur fécale est le reflet d’un processus complexe de fermentation bactérienne dans le côlon : les bactéries intestinales dégradent les résidus alimentaires non absorbés, produisant notamment des composés soufrés volatils (comme le sulfure d’hydrogène ou les mercaptans), des indoles, des skatolés et des acides gras à chaîne courte. Ces molécules sont responsables de l’odeur caractéristique, souvent décrite comme fétide, âcre ou putride.
Cette odeur varie naturellement selon le régime alimentaire : une consommation élevée de protéines animales ou d’aliments riches en soufre (oignons, choux, œufs) accentue la production de composés sulfurés et intensifie la puanteur. À l’inverse, un régime riche en fibres solubles peut moduler la flore intestinale et atténuer l’odeur. Certains médicaments — comme les antibiotiques — ou des troubles digestifs — tels que la malabsorption, la pancréatite chronique ou les infections à Clostridioides difficile — peuvent également modifier significativement l’odeur fécale, parfois de façon très spécifique (ex. : odeur de poisson pour la triméthylaminurie, ou odeur sucrée et fermentée dans certaines maladies métaboliques héréditaires).
Il est important de noter qu’une modification persistante, inhabituelle ou accompagnée de symptômes associés (diarrhée chronique, perte de poids inexpliquée, douleurs abdominales, selles graisseuses ou sanglantes) doit conduire à une évaluation médicale approfondie. L’analyse olfactive n’est pas un outil diagnostique formel, mais elle peut constituer un indice clinique utile dans le cadre d’une anamnèse rigoureuse et d’un examen clinique complet.