[Urologie] Comment traiter l’éjaculation précoce ?
En urologie, l’éjaculation précoce (EP) est définie comme une éjaculation systématique survenant dans les 60 secondes suivant la pénétration vaginale, accompagnée d’un sentiment de perte de contrôle et de détresse cliniquement significative pour le patient ou son partenaire. Il s’agit d’un trouble fréquent, touchant environ 20 à 30 % des hommes adultes, et pouvant avoir des causes multifactorielles : neurobiologiques (hypersensibilité des récepteurs sérotoninergiques 5-HT1A/5-HT2C, déséquilibre central de la sérotonine), psychologiques (anxiété de performance, stress, traumatismes sexuels précoces), relationnelles (conflits non résolus, communication déficiente) ou parfois organiques (hypersensibilité glansienne, prostatite chronique, troubles thyroïdiens).
La prise en charge doit être personnalisée et reposée sur une évaluation complète incluant un interrogatoire détaillé (durée estimée de latence éjaculatoire, contexte émotionnel, antécédents médicaux et psychiatriques, médicaments en cours), un examen clinique urologique (recherche d’anomalies anatomiques, de signes d’inflammation prostatique ou de modifications cutanées du gland) et, si nécessaire, des bilans complémentaires (dosage hormonal, analyse d’urine, échographie pelvienne). Les options thérapeutiques validées comprennent : les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) à prise continue (par exemple la dapoxétine, autorisée spécifiquement pour l’EP, ou des ISRS classiques comme la paroxétine ou la sertraline à faible dose) ; les techniques comportementales telles que la méthode « stop-start » ou celle du « squeeze », souvent associées à une thérapie sexuelle ou cognitive-comportementale ; et, dans certains cas, des interventions locales (crèmes anesthésiantes topiques à base de lidocaïne/prilocaïne, utilisées avec précaution pour éviter la diminution de la sensibilité chez le partenaire). Une approche combinée — médicamenteuse, psychologique et éducative — donne généralement les meilleurs résultats à long terme.
Il est essentiel de rassurer le patient : l’éjaculation précoce est traitable, non synonyme de dysfonction érectile ni de défaut de virilité, et ne reflète pas une incapacité intrinsèque. Un suivi régulier avec un urologue ou un sexologue formé permet d’ajuster la stratégie thérapeutique, d’évaluer l’observance et d’aborder les dimensions affectives et conjugales souvent sous-estimées. Enfin, l’implication active du partenaire, lorsque cela est souhaité, constitue un levier important de réussite thérapeutique.